| 1 | Auteur(s): Tiasvi Yao Raoul AGBAVON. N° de Page : 1-11 |
LECTURE DU JEU DES POSSIBLES JACOBIEN A PARTIR DU DETERMINISME BERNARDIEN : UNE CONTINUITE EPISTEMOLOGIQUE
Résumé
L’historiographie classique des sciences oppose couramment le déterminisme de Claude Bernard, figure majeure de la physiologie du XIXe siècle, au possibilisme évolutif de François Jacob, marqué par la contingence, le hasard et l’historicité du vivant. Cet article part de cette opposition pour en proposer une relecture critique, sans effacer les ruptures réelles qui séparent les deux auteurs. En examinant le déterminisme bernardien non comme un mécanisme réducteur absolu, mais comme une condition opératoire de l’expérimentation, et en le confrontant au Jeu des possibles de Jacob, nous soutenons qu’il existe une continuité épistémologique déplacée. Chez Bernard comme chez Jacob, le possible n’est pas un chaos indéterminé : il se déploie dans un espace structuré par des contraintes, expérimentales chez le premier, historiques, génétiques et évolutives chez le second. La pensée de Jacob ne prolonge donc pas simplement le déterminisme bernardien ; elle le transforme en l’inscrivant dans une rationalité du vivant attentive à la contingence, à la plasticité et à l’émergence.
| 2 | Auteur(s): El Hadji Malick DÈME, Younouss DIOP. N° de Page : 12-27 |
Héliopolis, porte du ciel : Réception et Transmission des messages divins en Égypte ancienne
Résumé
Cet article propose une réflexion sur l’importance et le symbolisme d’Héliopolis dans la pensée pharaonique. Centre du culte de Rê depuis l’Ancien Empire, c’est à Héliopolis que furent élaborés les premiers éléments d’une pensée théologique sur l’origine du monde. Les premiers corpus religieux de l’Égypte ancienne, également associés à cette ville, lui confèrent un statut singulier. Le toponyme Jwnw et le sens symbolique profond des référents sacrés qui lui sont attachés, tels que le pilier et l’arbre jSd, témoignent du rôle fondamental d’Héliopolis dans la structuration du discours métaphysique. Dans cette perspective, une question mérite d’être soulevée : comment Héliopolis était-elle conçue comme un lieu de médiation entre les dieux et les hommes ? L’objectif de cet article est de montrer qu’Héliopolis constitue le modèle par excellence de la ville sacrée, où convergent création, révélation, mémoire funéraire et transmission du savoir divin. À travers une analyse des données épigraphiques, iconographiques et de la littérature scientifique, cette étude examine le symbolisme du nom Jwnw (« le pilier ») et son lien avec le mythe de la création. Elle s’intéresse ensuite à la dimension funéraire et à l’identité héliopolitaine recherchée par le défunt. Enfin, elle analyse le statut d’Héliopolis en tant que centre de la révélation, où la parole divine était « entendue » en premier, ainsi que son rôle dans la diffusion du savoir religieux.
| 3 | Auteur(s): Maman Moutari MOUSSA IBRAH, Addo MAHAMANE, François WASSOUNI. N° de Page : 28-43 |
LES SAVOIR-FAIRE TECHNIQUES EN AFRIQUE AU SUD DU SAHARA PENDANT LA PERIODE PRECOLONIALE
Résumé
Depuis l’Antique, les Africains ont développé des techniques dans plusieurs les domaines. Cependant, l’étude de ces différentes techniques n’a pas beaucoup attitré l’attention des chercheurs en Histoire. Or, la connaissance de cette branche de l’Histoire permet de restituer à l’Afrique une partie importante de son passé. Cependant, quel que soit le champ d’étude historique abordé en Afrique, la question des sources, en particulier celle des documents de première main, se pose avec acuité. Ces données restent fragmentaires dans le temps et dans l’espace. D’ailleurs, même lorsque les vestiges matériels existent, l’historien se confronte à l’absence de descriptions précisant les mécanismes de fabrication ou les manières d’utiliser ces objets. A titre d’exemples l’on peut citer les techniques utilisées par les forgerons à la forge, les bouchers ou celles de l’extraction des jus de fruits ou de l’huile d’arachide. À ce problème s’ajoute celui de l’absence de plateau technique moderne permettant d’analyser et de valider les résultats. Confrontés à l’insécurité alimentaire, les États africains sont rarement disposés à investir leurs maigres ressources dans ces technologies scientifiques coûteuses. Cet article traite de l’Histoire des techniques en Afrique à partir de deux principaux axes : les grandes tendances de l’historiographie africaine et les sources de l’Histoire des techniques en Afrique et ses problèmes. Ce travail est réalisé à partir deux types de sources : les sources iconographiques et les sources écrites. Il en résulte que les Africains ont développé des techniques dans les domaines de : l’architecture, la construction des monuments, l’art vestimentaire, l’alimentation, etc. avec des matériaux locaux.
| 4 | Auteur(s): Salif KIENDREBEOGO, Yaya SAWADOGO, Tiéwendé Jean BALIMA. N° de Page : 44-60 |
COOPERATION, PEUPLEMENT ET MISE EN VALEUR DU BASSIN DE LA VOLTA (1966-2002)
Résumé
Espace transfrontalier partagé par six États de l’Afrique de l’Ouest, le bassin de la Volta a été marqué par une dynamique de coopération multilatérale entre 1966 et 2002. Cette coopération est inspirée par des enjeux sanitaires, démographiques et environnementaux. En effet, les populations riveraines de la Volta ont été durement frappées par l’onchocercose, occasionnant l’abandon des vallées fertiles et freinant le développement. Face à l’ampleur de la maladie, des initiatives nationales ont d’abord été déployées, puis une action transfrontalière d’envergure fut mise en œuvre parmi lesquelles le programme régional de lutte contre l’onchocercose, alors placé sous l’égide technique de l’OMS et la tutelle financière de la Banque Mondiale. Cette initiative conjointe a permis de maitriser la maladie, occasionnant la réinstallation et le repeuplement du bassin de la Volta. Le repeuplement du bassin a favorisé la réalisation des infrastructures hydrauliques, levier essentiel du développement des activités socio-économiques. Inscrit dans une perspective historique, cet article analyse la contribution de la coopération dans le repeuplement des vallées de la Volta et dans la mise en valeur du bassin de la Volta. Il s’appuie essentiellement sur l’exploitation des sources bibliographiques et archivistiques. L’étude révèle que la Volta a été une école de coopération fondée sur l’urgence sanitaire et sur la volonté des États de protéger les populations contre les endémo-épidémies à l’image de l’onchocercose.
| 5 | Auteur(s): Ibrahima Khalilou DIAGNE, Khady NDOYE. N° de Page : 61-80 |
REGARD ETHNOGRAPHIQUE SUR L’ACTIVITÉ CÉRAMIQUE EN MILIEU WOLOF AU SÉNÉGAL : LE CAS DE LA CASTE DES POTIÈRES
Résumé
Cette étude porte sur le système des castes en milieu wolof, en s’intéressant plus particulièrement au groupe des artisans. L’objectif de cette recherche est d’analyser de la place et du statut des femmes potières dans la société wolof au Sénégal. La démarche méthodologique privilégie l’observation, les entretiens administrés sur les potières, les personnes ressources s’inscrivant dans une dimension ethnographique et l’exploitation des documents écrits en milieu wolof. La société traditionnelle wolof a une organisation solidement hiérarchisée et ségrégationniste découlant d’une dynamique socio-historique. Ce type d’organisation sociale hiérarchisée repose sur des critères qui déterminent l’existence de la caste potière. Cette dernière obéit des normes socio-culturelles dans la classification de la pyramide sociale et encadre l’activité céramique dans l’espace wolof. La profession et le statut des potières reposent sur des normes sociales bien définies. Ces dernières sont bouleversées par des éléments internes et externes à la société wolof.
| 6 | Auteur(s): Sébastien GUIPO. N° de Page : 81-96 |
L’ÉCOLE BURKINABÉ FACE À L’INSÉCURITÉ: SITUATION DES ÉLÈVES DÉPLACÉS INTERNES DANS LA PROVINCE DU ZONDOMA (2015-2024)
Résumé
Le Burkina Faso connait depuis 2015 des attaques terroristes, provoquant des déplacements massifs des populations, surtout à l’intérieur du pays. Elles ont aussi entrainé à partir de 2017 la fermeture des structures d’enseignement, composées majoritairement de ceux du niveau primaire. Le public de ce niveau d’enseignement est essentiellement constitué d’enfants (moins de 16 ans). De ce fait plus vulnérable et plus exposé à la déscolarisation. Pourtant, la constitution de ce pays reconnait le droit à chaque enfant à l’accès à l’école. D’où le choix de ce thème qui se veut une étude analytique sur la capacité des acteurs du système éducatif en faveur de la réintégration des élèves déplacés internes (EDI). L’étude comparative et le traitement des données recueillies sur le terrain et de la recherche documentaire ont permis l’atteinte de l’objectif fixé. En effet, l’adoption au plan national de mesures spécifiques en vue d’assurer la continuité de la scolarisation des EDI, à travers la mise en place du SN-ESU et la déclinaison des mesures édictées par l’éducation en situation d’urgence (ESU) dans les provinces à forts défis sécuritaires, à l’image de celle du Zondoma de 2015 à 2024, est jugée satisfaisante.
| 7 | Auteur(s): Essou Koffi Benjamin MIEZAN, Bonzou Ella ESSEY épouse OHOUO. N° de Page : 97-109 |
SERVICE DES GRANDES ENDÉMIES EN CÔTE D’IVOIRE : INSTRUMENT DE LUTTE CONTRE LES MALADIES ENDÉMO-ÉPIDÉMIQUES (1959-1969)
Résumé
L’étude interroge la manière dont le Service des Grandes Endémies en Côte d’Ivoire (1959-1969) a constitué un instrument de lutte contre les maladies endémo-épidémiques. Il s’agit de comprendre le rôle dans la prise en charge des principales pathologies tropicales et la capacité à transformer l’action sanitaire dans un contexte de forte morbidité et de transition postcoloniale. La recherche repose sur l’analyse de sources. Elle s’appuie en particulier sur les rapports d’activités du Service des Grandes Endémies rédigés par Maurice Rives, complétés par des travaux scientifiques (thèse et ouvrages). Les données ont été croisées, hiérarchisées et traitées de manière thématique autour de trois axes : la genèse du service, organisation et moyens, puis activités de lutte sanitaire. Les résultats montrent que ce service constitue un dispositif central de la politique sanitaire ivoirienne entre 1959 et 1969. Héritier de la médecine mobile coloniale, il s’appuie sur une organisation structurée et des équipes mobiles pour mener des campagnes massives de dépistage, de traitement et de prévention. Les actions ont permis une couverture sanitaire importante et une intensification des interventions contre les principales endémies. Toutefois, malgré le développement progressif des stratégies préventives, la forte charge pathologique et les contraintes logistiques maintiennent une prédominance des logiques curatives. Ainsi, le service apparaît à la fois comme un instrument efficace de contrôle sanitaire et comme une structure confrontée aux limites structurelles du système de santé de l’époque.
| 8 | Auteur(s): Moussa Fadiala BOCOUM. N° de Page : 110-124 |
L’IMPLANTATION DE LA MINE DE LITHIUM DE BOUGOUNI FACE A LA VULNERABILITE LOCALE
Résumé
Dans la localité de Bougouni, l’implantation de la mine de lithium a occasionné le déplacement des ménages et l’accaparement des terres agricoles à des fins d’exploitation minière. Dans cet article, nous analysons les adaptations sociales des ménages face aux perturbations engendrées par les activités minières industrielles dans la localité de Bougouni. Nous avons utilisé une approche combinant à la fois la méthode qualitative et quantitative pour la collecte et l’analyse des données. Ainsi, 58 entretiens semi-directifs ont été effectués avec les chefs de ménage et deux (2) focus groups ont été réalisés dans la localité. Il ressort des résultats que l’implantation de la mine de lithium de Bougouni a créé des perturbations qui ont conduit au déplacement des ménages, à la perte des terres agricoles et à l’émergence des tensions sociales. Par ailleurs les ménages se sont inscrits dans une dynamique endogène de résilience en s’appuyant sur les potentialités locales telles que la solidarité et les liens de parenté.
| 9 | Auteur(s): Kossia Blandine KRA. N° de Page : 125-138 |
PATHOLOGIES DU PERSONNEL DES FORTS DE LA CÔTE DE L’OR (XVIIe -XIXe SIÈCLE)
Résumé
Durant le commerce transatlantique, la Côte Ouest-Africaine et plus particulièrement la Côte de l’Or, était perçue comme un lieu où la conservation de la santé était presqu’impossible et la mort inévitable. En dépit de cela, les nations européennes y ont bâti des établissements commerciaux et maintenu un personnel chargé de les faire fonctionner. Ces travailleurs installés en permanence sur la côte ont été victimes du climat tropical propice à certaines pathologies. À quel type de maladies les travailleurs des Forts ont-ils été sujets à la Côte de l’Or ? Il sera question dans cet article d’établir une typologie de ces pathologies auxquelles le personnel européen et africain a été exposé, leurs causes et le mode de traitement utilisé dans chaque cas. Pour y parvenir, nous nous sommes appuyés sur des récits de voyage datant des XVIIe au XIXe siècles, ainsi que des documents d’archives de l’époque du commerce.
| 10 | Auteur(s): Kouamé Koffi. N° de Page : 139-154 |
SYSTEMES EDUCATIFS EN AFRIQUE ET PROBLEMATIQUE DE L’EMPLOYABILITE : DEFIS, ENJEUX ET PERSPECTIVES DE TRANSFORMATION
Résumé
Cet artiсlе аbоrdе la questiоn dеs systèmes éducаtifs еn Afriquе face auх eхigences actuеllеs en matière d’еmplоyabilité. Bien que des avancéеs aient été réalisées en сe qui соnсеrne l’acсès à l’éducаtiоn, de nоmbrеuх pаys аfriсains cоntinuent d’êtrе cоnfrоntés à un éсart signifiсatif entre les fоrmatiоns оffertеs еt lеs соmpétеncеs rеcherсhées sur le mаrché de l’еmplоi. L’оbjeсtif principal dе cettе recherche est d’ехplоrer les dysfоnctiоnnements structurеls ainsi quе lеs limitatiоns dеs systèmes éducatifs аfricains, d’évaluеr lеurs répercussiоns sur l’insertiоn prоfessiоnnеlle des diplômés et dе prоpоser des pistеs de transfоrmatiоn qui tiеnnent соmptе des réalités du соntinеnt. Cette étude s’appuie sur unе analysе dоcumentаire qui adоpte unе аpprоchе analytiquе, comparative еt critique. Elle s’inspire des travauх de Theоdоre W. Schultz (1961), Gary S. Beсker (1964), Jоsеph Ki-Zеrbо (1990) еt Mаrtha C. Nussbaum, аfin d’ехaminer les enjеuх de l’éduсatiоn, du dévelоppеment humаin et de la citоyenneté démоcratiquе dans lеs sоciétés mоdernes. L’аnalyse mеt еn avant plusieurs faсteurs qui соntribuent аu сhômagе et au sоus-emplоi des jеunеs diplômés, tеls que l’inadéquatiоn entre les prоgrаmmes d’étudеs еt lеs besоins écоnоmiquеs, la faiblеsse de la fоrmatiоn technique еt prоfessiоnnelle, lе mаnque d’infrastructures éduсativеs et l’impаct des évоlutiоns technоlоgiques. Ellе insiste sur l’impоrtancе de réfоrmer les pоlitiques éduсativеs еn se basant sur l’innоvatiоn pédagоgiquе, le dévelоppement dеs cоmpétencеs numériquеs, le rеnfоrсеment des cоllabоratiоns entre étаblissements scоlaires et entrеprises, ainsi que la prоmоtiоn de l’entreprеneuriаt pоur que l’éduсatiоn deviеnne un véritable mоtеur du dévelоppеment des écоnоmies natiоnаles.
| 11 | Auteur(s): Mitanhantcha YEO. N° de Page : 155-167 |
LA CERAMIQUE DANS LA RESTAURATION A GBEKEKRO (COTE D’IVOIRE)
Résumé
Cette étude examine le rôle de la céramique dans le secteur de la restauration à Gbèkèkro ou Bouaké, une ville située au centre de la Côte d’Ivoire. L’objectif de ce travail est d’analyser l’importance de la poterie dans ce secteur, dominé par les produits manufacturés. Pour ce faire, la méthodologie employée repose sur une analyse croisée de documents écrits et de témoignages oraux. Les résultats montrent que la localité présente un potentiel humain favorable à l’implantation de restaurants. De plus, la poterie locale, datant de différentes époques, est appréciée des clients lors de la dégustation de certains plats.
| 12 | Auteur(s): Cédric-Aurel MANZENZA. N° de Page : 168-180 |
LA PLACE ET LE ROLE DU DIEU OSIRIS DANS LES CROYANCES EGYPTIENNES (2778-1085 AV. J-C)
Résumé
Le dieu Osiris occupe une place importante dans les croyances religieuses de l’Égypte ancienne en tant que dieu de la mort, de la résurrection et de l’au-delà. Cette étude s’interroge sur la place et le rôle d’Osiris dans la construction de la vision égyptienne de la vie après la mort et sur son influence dans les pratiques religieuses et funéraires. Elle vise à analyser son importance dans la pensée religieuse égyptienne et à montrer l’impact de son mythe sur les croyances liées à l’immortalité. La recherche adopte une méthodologie qualitative fondée sur l’examen documentaire de sources historiques. Les résultats montrent que le mythe d’Osiris à constituer le fondement des conceptions égyptiennes de la justice, du jugement des défunts et de la renaissance. Devenu le souverain du royaume des morts, Osiris symbolise l’espoir d’une vie éternelle accordée aux justes. Son culte à profondément marqué les rites funéraires et la spiritualité égyptienne pendant plusieurs millénaires.
| 13 | Auteur(s): Olive Pulchérie ITOUMBA, Eric Damien BIYOGHE BI ELLA. N° de Page : 181-202 |
LONGEVITE DU POUVOIR D’OMAR BONGO ONDIMBA AU GABON : MECANISMES DE PERENNISATION ET IMPACTS POLITIQUES, ECONOMIQUES ET SOCIAUX (1967-2009)
Résumé
De 1967 à 2009, le Gabon a connu une exceptionnelle longévité du pouvoir sous la présidence d’Omar Bongo Ondimba, dont les quarante-deux années à la tête de l’État comptent parmi les plus longues de l’Afrique contemporaine. Cette situation soulève la question des mécanismes politiques et institutionnels qui ont permis au régime de se maintenir malgré les crises et les revendications politiques, économiques et sociales. Le présent article analyse les facteurs ayant favorisé la pérennisation du pouvoir d’Omar Bongo Ondimba et leurs effets sur les institutions ainsi que sur la vie politique, économique et sociale du Gabon. Il adopte une démarche historique fondée sur l’exploitation critique de sources écrites et orales, complétée par l’examen de travaux scientifiques portant sur la question. L’hypothèse défendue est que cette longévité résulte de la combinaison de plusieurs facteurs, notamment l’accroissement des revenus pétroliers, la maîtrise des mécanismes politiques et institutionnels et le soutien de la France. L’étude montre que ces facteurs ont favorisé la consolidation du régime tout en influençant durablement le fonctionnement des institutions, la gouvernance et les dynamiques politiques, économiques et sociales du pays.
| 14 | Auteur(s): N’founoum Parfait Sidoine KOUAME. N° de Page : 203-214 |
Les Siti dans le Royaume de Bouna du XVIIè siècle au XIXè siècle
Résumé
Cette étude met en lumière la place des Siti, un peuple souvent peu étudié dans le royaume précolonial de Bouna. Elle cherche à comprendre, qui sont les Siti et quelle place occupaient-ils dans ce royaume à l’époque précoloniale. Ainsi, l’objectif de cette étude est d’analyser la place des Siti dans le royaume de Bouna depuis sa fondation jusqu’à la conquête samorienne de 1896. Pour atteindre cet objectif, l’étude se fonde sur une méthodologie qualitative basée sur des sources écrites et orales. Les données documentaires ont été collectées dans des centres de recherche, tandis que les enquêtes orales ont été réalisées à Vonkoro et à Bouna. Les informations recueillies ont ensuite été confrontées et analysées. A partir de cette démarche, l’étude montre d’abord que les Siti avaient une civilisation propre à eux, caractérisée par une organisation patrilinéaire, des pratiques religieuses traditionnelles et une forte culture de la chasse. Les résultats révèlent également que les Siti étaient des vassaux de la royauté de Bouna. Ils payaient des tributs sous plusieurs formes, et servaient dans l’armée royale.
| 15 | Auteur(s): BIRBA Noaga. N° de Page : 229-247 |
APPROCHE ETHNOARCHEOLOGIQUE DE L’ART DE LA TERRE CUITE CHEZ LES POTIERES DE GAOUA (BURKINA FASO)
Résumé
À Gaoua, dans le Sud-Ouest du Burkina Faso, la fabrication de la poterie lobi suit une chaîne opératoire précise, que ce terrain mené dans les ateliers de Djantara, Djilègniora et Niobini restitue par l’observation directe et des entretiens semi-directifs. L’argile, prélevée dans des gisements différenciés selon le volume des pièces à produire, est mise à maturer puis dégraissée à la chamotte ou à la bouse de bœuf. À Djantara, la famille Da Kpèbourêna est la seule à pratiquer le moulage sur forme convexe, où une poterie ancienne renversée sert de matrice aux grandes jarres, alors que les autres potières, à Djantara comme à Djilègniora, s’en tiennent au modelage et au colombinage, signe d’une spécialisation transmise par lignée plutôt que d’une technique partagée. Chaque pièce est ensuite lissée puis décorée par impressions, incisions ou cannelures avant d’être cuite dans des fours tronconiques maçonnés dont l’architecture varie d’un atelier à l’autre ; ces fours ont largement supplanté, en une vingtaine d’années, la cuisson à l’air libre. Cette mutation technique s’accompagne de règles sociales tout aussi contrastées, puisqu’à Djantara le façonnage et l’enfournement restent réservés aux sœurs utérines quand Djilègniora s’organise dans un cadre plus ouvert. Le réemploi de poteries anciennes comme moules offre une piste de lecture pour le registre céramique archéologique régional. Le feu ouvert et la cuisson en four laisseraient aussi, sur la pâte cuite, des traces distinctes qu’il reste à caractériser. Une typologie morphométrique et des analyses de laboratoire permettraient d’approfondir cette documentation.
| 16 | Auteur(s): DEMBO YANGA. N° de Page : 248-272 |
L’Entrepreneuriat des Manjack en Casamance au temps de la colonie : 1850 – 1960
Résumé
L’entrepreneuriat des Manjack désigne l’initiative de ces derniers dans le processus de formation et de croissance de leur richesse au temps de la colonie grâce à leur génie de créativité d’une valeur ajoutée. Ce peuple de riziculteurs et de pécheurs qui habite le nord-ouest de la Guinée portugaise dans la région de Cacheu, en contact avec des Européens dès les premières années de la colonisation, a très tôt acquis des réflexes moraux tournés vers la création de valeur sur le marché à travers plusieurs métiers. Cet esprit d’entrepreneuriat justifie leur migration à travers l’espace sénégambien et même au-delà, en Occident, en Afrique de l’Ouest, au Moyen- Orient en menant des activités de cueillette de caoutchouc, d’amandes de palme et de culture arachidière en Casamance ou des métiers de laptot, de tissage de pagnes. Leurs aptitudes et leurs comportements dans la recherche du bien-être matériel expliquent leur maturité dans l’évolution de l’économie du marché. L’entrepreneuriat des Manjack est favorisé par l’existence d’espaces transnationaux de solidarité interethnique, le développement des transports, l’interconnexion de trois puissances européennes dans le commerce et un début d’industrialisation en Casamance.
| 17 | Auteur(s): Jean-Max Pamphil BENIE, Massandjé FADIKA KANO. N° de Page : 273-287 |
VIOLENCE POLITIQUE ET GOUVERNANCE IMPÉRIALE DANS LE SONGHAY AUX XVe-XVIe SIÈCLES
Résumé
Cette étude analyse les mécanismes de production et de reproduction du pouvoir souverain dans le Songhay aux XVe-XVIe siècles. Elle a pour ambition de comprendre le processus de gestation, de consolidation et de perpétuation de l’ordre impérial des Askia à l’aune de la violence politique pensée et agie comme un principe structurant de la gouvernance impériale. A travers une relecture des chroniques soudanaises (Tarikhs), cette contribution, montre que la violence politique sous les askia opère à deux niveaux complémentaires : d’une part, elle se révèle comme la matrice fondatrice d’un nouvel ordre dynastique ; d’autre part, elle se présente comme un dispositif régulateur de la gouvernance impériale dans le Songhay. Ce travail met ainsi en lumière toute la complexité d’une culture politique sahélienne largement fondée sur le primat de la force offrant des clés de lecture indispensable pour inscrire la réalité contemporaine de nos états africains dans la longue durée.
| 18 | Auteur(s): Gaoussou KAGNASSY. N° de Page : 288-304 |
Le conflit de 2026 entre l’Iran et l’axe israélo-américain : leçons technologiques pour l’Afrique
Résumé
L’article démontre que l’escalade technologique entre la coalition israélo-américaine et la République islamique d’Iran contraint le continent africain à réinventer la sécurité et la souveraineté numérique. La guerre, débutée en février 2026, est marquée par une rupture technologique majeure où s’imposent des armes ultra-rapides, telles que les technologies hypersoniques et l’intelligence artificielle. L’utilisation intensive bouleverse les stratégies militaires mondiales, marquant une transition vers ce que l’on nomme la « guerre à haute vélocité » ou la « cyberguerre ». De plus, l’emploi massif de la haute technologie, tels que les drones et la surveillance satellitaire en temps réel, rend caduques les tactiques de camouflage classiques. Le changement de paradigme fondamental dans la guerre moderne impose des défis critiques aux pays accusant un retard numérique, notamment en Afrique. Pour s’imposer durablement dans le numérique, les États africains doivent dépasser la simple logique d’achat d’équipements pour ancrer une culture de la cyberdéfense et développer le capital humain afin de bâtir des compétences stratégiques. La transition numérique de l’Afrique ne réussira qu’à condition de passer du statut de simple consommatrice de technologies à celui de productrice de solutions sécurisées. En misant sur les talents, le continent transformera la cyberdéfense en un véritable levier d’innovation, de confiance et de pérennité économique.
| 19 | Auteur(s): Awa SOROGO. N° de Page : 305-318 |
EVOLUTION DE L’ESCLAVAGE DANS LE BAOULE-FAAFOUE 1721-1911
Résumé
Les Baoulé faafouê présents au Centre-Nord de la Côte d’Ivoire ont opté pour l’acquisition d’esclaves pour plusieurs raisons. A cet effet, l’esclavage pratiqué dans le faafouê sur la période allant de 1721 à 1911 a connu une évolution en fonction des besoins de la population. L’objectif de l’étude est de montrer la manière dont l’esclavage a évolué depuis l’implantation des Baoulé-faafouê au Centre de la Côte d’Ivoire jusqu’à la suppression en 1911. Le recours aux sources d’archives et aux sources orales a été privilégié comme approche méthodologique. Des ouvrages, des articles et des thèses ont été aussi consultés dans l ’élaboration de l’étude. Il ressort de l’analyse que l’esclavage dans le Baoulé-faafouê a d’abord été un esclavage domestique entre 1721 et 1884 avec pour objectif la montée démographique et économique à travers l’introduction de captifs dans la famille. De 1884 à 1898, il est devenu un esclavage commercial né d’un partenariat entre les fournisseurs de captifs (Samory Touré et Mori Touré) et les Baoulé. L’arrestation de Samory Touré en 1898 et l’interdiction de la traite marque la fin de l’esclavage commercial mais pas l’esclavage domestique, qui reprend de l’ampleur avec l’interdiction de la vente des captifs déjà achetés. L’administration coloniale met des mesures en place pour la suppression de l’esclavage dans le Baoulé en 1911.
| 20 | Auteur(s): Adama SAWADOGO, Moctar SANFO. N° de Page : 319-336 |
AUTHENTICITE ET MUTATIONS DU MARIAGE DES MOSSE DU SANDBONTENGA AU BURKINA FASO
Résumé
Impulser le développement à partir des solutions basées sur l’approche endogène, tel est le slogan dans plusieurs états africains en général et le Burkina Faso en particulier. En réponse à cet appel, plusieurs sujets de recherche se sont orientés vers l’appropriation des fondamentaux culturels par les différentes communautés socio ethniques. Dans cet élan, le présent article s’évertue à revisiter le processus originel du mariage chez les communautés Mossé du Sandbondtenga au Burkina Faso. Dans la même veine, il explore également les différentes mutations du mariage inhérentes aux phénomènes sociaux. Aux moyens d’entretiens directs avec 32 personnes-ressources et la consultation d’articles de revue, de thèse et de livres, l’étude est parvenue à établir un itinéraire originel du processus du mariage des Mossé. Il s’agit d’un parcours en 7 étapes essentielles que sont : Le somd-toukri, le belongo, le poog-kuuni, le kosgo, le pog-puusem, le pog-kulsgu, et le le kinsgo. Outre la redécouverte des étapes principales du mariage moaga, le travail met en exergue les principaux facteurs de mutation de celui-ci : la modernité, les religions révélées ou la cohabitation avec d’autres communautés qui favorisent les emprunts culturels. Dans une posture critique et pragmatique, l’étude encourage l’ouverture culturelle afin de permettre au mariage des Mossé de tirer le meilleur parti des cultures voisines. Toutefois, elle ne perd pas de vue la nécessité pour les Mossé de préserver d’abord le noyau central de leur culture avant d’envisager tout ouverture.
| 21 | Auteur(s): DOGNON Elavagnon Dorothée. N° de Page : 337-357 |
LA REECRITURE POETIQUE DE LA MEMOIRE PAR L’ESTHETIQUE D’ARCHIVE DANS LE CINEMA OUEST-AFRICAIN
Résumé
Cette étude porte sur la manière dont le cinéma documentaire consacré au Bénin mobilise l’archive non comme pièce probante mais comme matière sensible, et sur ce que cette opération fait à l’écriture de l’histoire. Elle prend pour objet principal Dahomey de Mati Diop (2024), film tourné lors du transfert à Cotonou, en novembre 2021, de vingt-six œuvres du trésor royal d’Abomey saisies par les troupes du général Dodds en 1892. L’analyse est adossée à l’histoire de la conquête du royaume du Danxomè, à celle de la constitution des fonds coloniaux et à celle des politiques patrimoniales béninoises contemporaines. L’étude établit que le recours à l’archive y opère un déplacement du régime de preuve vers le régime de la figure, et que ce déplacement n’est pas un défaut de rigueur mais une réponse adaptée à une documentation structurellement lacunaire, dispersée entre Porto-Novo, Dakar et Aix-en-Provence. Les entretiens conduits auprès de spécialistes confirment la fonction du film dans la constitution d’une mémoire publique de la restitution, tout en signalant la persistance de zones d’ombre concernant les groupes demeurés hors archive. Trois contrepoints ouest-africains — au Nigeria, en Afrique du Sud et au Ghana — sont mobilisés en fin d’étude afin d’éprouver la portée des résultats hors du cas béninois. L’article ouvre enfin sur l’incidence de la numérisation des fonds coloniaux dans la transmission de la mémoire et dans l’élaboration des récits patrimoniaux.
| 22 | Auteur(s): ANIN PATRICIA-CLAIRE N’CHO Epouse NOGBOU. N° de Page : 358-375 |
MYSTICISME SOUFI, POUVOIR URBAIN ET IDENTITE SAVANTE EN AFRIQUE DE L’OUEST DU XVème AU XVIème SIECLE
Résumé
L’étude porte sur le rôle du soufisme dans les grandes cités de la boucle du Niger (Tombouctou, Djenné et Gao) à l’apogée de l’empire songhay. Elle montre que le mysticisme soufi en Afrique de l’Ouest ne fut pas une simple spiritualité individuelle, mais un système intégré d’autorité politique et de production savante. Ce système offre une ressource de pouvoir par la baraka, une critique sociale contre les abus des souverains et une économie redistributive via le waqf et la sadaqa. Parallèlement, les cités savantes deviennent des laboratoires ésotériques où l’on enseigne l’onirocritique, la science des lettres et l’astrologie mystique. L’objectif de l’étude est de démontrer que le soufisme aux XVème et XVIème siècles est un instrument de pouvoir et une matrice de savoir original. L’articulation entre souverains et savants soufis oscille entre alliance rituelle, compromis pragmatique et répression occulte. Ces maîtres du mysticisme islamique jouaient en outre un rôle de médiateurs sociaux et de juges alternatifs.
| 23 | Auteur(s): Richard Codjo AKODANDE HONMA. N° de Page : 376-392 |
DE LA PENOMBRE À LA LUMIERE : L’AMENAGEMENT URBAIN COMME VECTEUR DE SECURITE NOCTURNE AU BENIN 2016-2026 A TRAVERS LES TRAJECTOIRES DE COTONOU, PORTO- NOVO ET PARAKOU
Résumé
Cette contribution analyse la transformation historique de l’espace nocturne urbain au Bénin à travers l’étude comparée de trois villes cibles : Cotonou, Porto-Novo et Parakou. Entre 2016 et 2026, l’avènement du projet d’asphaltage pilote puis la massification du programme national « Éclairage solaire» ont marqué une rupture profonde avec la gestion municipale fragmentée du passé. En s’appuyant sur le concept de gouvernementalité urbaine, cette recherche croise des sources administratives, médiatiques et une enquête orale menée auprès de 120 usagers de la nuit (conducteurs de taxis-motos, commerçantes nocturnes, forces de l’ordre). Les résultats démontrent que le choix de l’éclairage photovoltaïque autonome a permis d’affranchir l’espace public des délestages électriques récurrents, sécurisant la mobilité et stimulant l’économie informelle nocturne. Toutefois, l’étude nuance ce succès en révélant l’émergence d’une tension politique liée à la centralisation étatique de la nuit et à un effet de transfert spatial de la criminalité vers les périphéries non éclairées. La pérennité de ce modèle de sécurité dépend désormais du défi matériel de la maintenance face aux contraintes climatiques locales.
| 24 | Auteur(s): Paul SALATOU. N° de Page : 393-408 |
LE FONDEMENT DE LA REFORME EDUCATIVE DU RESEAU ÉCOLE ET DEVELOPPEMENT (RED) : 1989-2011
Résumé
Cet article retrace les fondements de la réforme éducative portée par le Réseau École et Développement (RED) entre 1989 et 2011. Il montre d’abord comment l’école confessionnelle, instrument privilégié de l’entreprise missionnaire en Afrique, a servi de vecteur ambivalent de la « mission civilisatrice », produisant des systèmes éducatifs postcoloniaux doublement désarticulés — coupés des cultures locales et inaptes à porter un développement endogène. La crise des plans d’ajustement structurel des années 1980 réactive ce questionnement et catalyse, en 1989, la naissance du RED, porté par les Églises protestantes africaines devenues autonomes. L’article examine ensuite la légitimité de cette réforme, confiée aux héritières mêmes de l’école coloniale, et montre qu’elle ne repose pas sur une innocence retrouvée mais sur un déplacement du sujet réformateur et sur une conversion (metanoia) soumise à l’épreuve de la pratique. Il expose enfin le contenu conceptuel de la proposition du RED — le passage de l’« école-reflet » à l’« école-projet » — ainsi que ses principes, ses mécanismes et les points de rechute possibles en école-reflet. La validation empirique de ces acquis est renvoyée à un article distinct.
| 25 | Auteur(s): MONGA Arthur Dénos, YRO Timbo Adler Vivien. N° de Page : 409-423 |
DÉCRYPTAGE ÉCOCRITIQUE DES MYTHES TOTÉMIQUES WÊ DE CÔTE D’IVOIRE : LES EXEMPLES DES MYTHES DE LA POULE ET DU POISSON
Résumé
Dans un monde en pleine crise écologique où certaines activités humaines déstabilisent tous les écosystèmes terrestres, la littérature orale africaine notamment les mythes totémiques se posent comme un garde-fou esthétique et éthique dont le dénominateur moral commun est de susciter et d’entretenir la conscience écologique communautaire à travers des injonctions visant à éviter la destruction abusive de la biosphère et de l’abiosphère. La société Wê, en l’occurrence, les tribus Zranhan et Sohounbo issus respectivement des cantons Blaon (Central) et Zagnè du département de Duékoué, offre ainsi à lire de nombreux mythes totémiques qui retracent l’origine d’interdits alimentaires communautaires portant sur des animaux sanctuarisés dont la poule et le poisson.